Coups de coeur

  • Sukeban Turbo

    de Sylvain Runberg et Victor Santos

    Editions Glénat Comics – 17.95 €

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    Les « sukeban » sont des gangs de filles lycéennes et ultra violentes, apparus au Japon dans les années 70.

    Shelby, lycéenne new-yrokaise, fonde sur le modèle japonais son propre gang de filles surnommé « Sukeban Tribe ». Ses 4 membres, Shelby en tête, trempent dans le trafic de drogue et dans l’ultra-violence, à coup de batte de golf. Leur look de lycéennes sexy, et le talent de DJ de Shelby leur ouvrent les portes de tous les clubs branchés de la ville dans lesquels elles parviennent à écouler énormément de « came ».

    Elle sont au service de Jared, un caïd lui-même ultra-violent.

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    En parallèle des filles, on suit « Urban smile », un boy’s band à la mode qui fait fureur auprès des petites filles de 12 ans. Son leader, Sam, doit conserver l’image du garçon vierge qui attend le grand amour. Image bien sûr fondée de toutes pièces par son manager. Mais tout dérape lorsqu’il tombe amoureux d’une actrice X….

    Shelby, malgré son caractère dur et violent semble étrangement liée à Sam….

    « Sukeban Turbo » est un excellent thriller urbain très cinématographique, dans lequel on retrouve des accents d’Orange mécanique et de Tarantino. On assiste en direct au basculement et à la chute progressifs et irrémédiables de nos (anti-)héros.

    « Sukeban Turbo » est le premier « Original Graphic novel » de la collection Glénat Comics : une création de Sylvain Runberg, avec le dessin dynamique de Victor Santos.

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  • Idéal Standard

    Aude Picault

    Dargaud – 17.95 €

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    Claire, 32 ans, infirmière en néonatalogie, ne parvient pas à s’épanouir dans une vie de couple. Elle enchaîne les expériences plus ou moins bidons avec des petits amis de passage, mais ne parvient jamais à se fixer. Lorsqu’elle rencontre Franck, elle pense enfin avoir trouvé l’homme qui partagera sa vie, et qui sera le père de ses enfants…

    Mais la réalité du quotidien ne tardera pas à ternir les beaux idéaux de Claire. Franck s’éloigne peu à peu de l’image de prince charmant qu’elle s’était forgée, la laissant en proie au doute. Son idéal se démantèle. Au même moment, sa meilleure amie, qui vient d’avoir un bébé, s’aperçoit que l’image idyllique de la maternité que la société lui a inculquée est bien loin de la réalité quotidienne.

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    L’idéal standard, c’est celui que la société nous donne et qui est censé convenir à tous. Mais l’idéal de chacun diffère souvent

    Les passages dans lesquels on voit Claire à son travail, en néonatalogie sont très touchants. Au delà des couveuses, des tubes et des appareils, on perçoit toute la sensibilité de ces petits prématurés que Claire tente de soulager du mieux qu’elle peut.

    Nous pourrions croire qu »Idéal standard est une énième BD « féminine » sur le quotidien, les relations amoureuses et sexuelles des femmes d’aujourd’hui. Mais c’est sans compter sur le talent d’Aude Picault, auteur des excellents « papa » chez l’Association, « Fanfare » chez Delcourt ou encore « Parenthèse Patagone » chez Dargaud. Si elle s’amuse à insérer quelques clichés sur les femmes trentenaires, ce n’est que pour mieux les démanteler. Elle utilise les codes de cette BD dite « féminine », tout en se démarquant de ce style trop genré et ultra formaté.

    Une BD drôle et sensible sur les femmes d’aujourd’hui et au-delà sur les relations humaines.

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  • Irena

    Scénario : Jean-David Morvan et Séverine Tréfouel

    Dessin : David Evrard

    Editions Glénat (3 tomes prévus)

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    Pour commencer cette nouvelle année, Glénat nous propose une très belle BD basée sur des faits historiques et qui peut être lue à tous âges.

    « Irena » est l’histoire vraie d’une femme pleine de courage, déclarée Juste parmi les Nations en 1965.

    En 1940, la Pologne est envahie par les nazis. Les juifs de Varsovie sont « parqués » dans un ghetto entouré de hauts murs au coeur de la ville. Les conditions de vis y sont déplorables et quiconque tente de s’enfuir est abattu sans sommation.

    Irena Sendlerowa est membre du département d’aide sociale et à ce titre pénètre chaque jour dans le ghetto pour apporter un peu de nourriture et de réconfort à ses habitants. Irena est une femme forte qui tient ouvertement tête aux gardes nazis et fait son maximum pour préserver ces pauvres gens malades et malnutris.

    Un jour, une mourante demande à Irena d’emporter avec elle son enfant afin de le sauver de cet enfer… Après un petit temps de réflexion, Irena va accepter, puis, au péril de sa vie, commencer un transfert d’enfants à grande échelle vers la liberté.

    Irena paiera son geste et son courage, elle sera torturé par la gestapo, mais grâce à elle, près de 2500 enfants juifs seront sauvés du ghetto de Varsovie.

    C’est en lisant un article par hasard sur cette femme, décédée en 2008, que Jean-David Morvan aura l’idée de traduire en BD cette belle histoire.

    Le dessin plutôt jeunesse de David Evrard (Max et Bouzouki) ajoute une dimension universelle à ce récit indispensable.

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  • Chiisakobe

    de Minetaro Mochizuki (terminé en 4 tomes) – Editions du Lézard noir (15 € le tome)

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    L’excellent manga Chiisakobe, publié aux éditions du Lézard noir vient de se terminer avec la parution ce mois-ci de son 4ème et dernier volume. C’est l’occasion de (re)découvrir cette tendre histoire adaptée d’un roman de Shûgorô Yamamoto, dont l’intrigue se situait à  l’ère Edo et qui est transposé ici dans le Japon contemporain.

    L’entreprise de charpente Daitome vient d’être ravagée par un terrible incendie qui a coûté la vie au patron et à la patronne. Leur fils Shigeji, jeune et brillant diplômé charpentier va en toute logique reprendre la place de ses défunts parents pour tenter de reconstruire l’entreprise familiale, porté par les mots de son père : «Les temps ont beau changer, ce qui est important pour les hommes, c’est l‘humanité et la volonté.»

    Shigeji, cheveux longs, barbe foisonnante, était parti à travers le monde pour s’imprégner de l’architecture des différents pays. Il revient prématurément dans son village natal, et prend sous son toit les deux apprentis de Daitomé qui ont échappé à l’incendie.

    Pour s’occuper du foyer, il engage également Ritsu, une de ses amies d’enfance, devenue orpheline et sans ressources. Ritsu apporte avec elle, dans la maison de Shigeji, 5 enfants turbulents issus de l’orphelinat qui a lui aussi été détruit par l’incendie. Malgré les premières réticences de Shigeji, Ritsu insiste pour garder les enfants et Shigeji se retrouve avec une responsabilité supplémentaire.

    Les 5 enfants ont des personnalités très fortes et atypiques et apportent au récit une dimension à la fois drôle et tendre.

    Chiisakobe raconte comment un jeune homme doit trouver sa voie, et devenir un Homme accompli en surmontant les évènements qui s’imposent à lui. C’est une belle fresque sociale pleine d’humour et au dessin soigné.

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  • « Patience » de Daniel Clowes

    Patience – Daniel Clowes

    Cornélius

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    Il en aura fallu de la « patience » pour attendre ce nouvel album de l’immense Daniel Clowes, père fondateur de tout un pan de la BD, et auteur phare de la BD indépendante américaine. Il revient ici avec une superbe fiction mêlant polar, SF et romance.

    2012, Jack et Patience sont un couple américain lambda. Dans les premières pages de la BD, ils apprennent qu’ils vont avoir un enfant. Malgré les inquiétudes légitimes, Jack est au comble du bonheur. Il voit en cette nouvelle vie qui s’annonce le moyen de s’éloigner un peu de la jeunesse foireuse qu’il avait jusqu’à présent. Mais ses espoirs seront anéantis lorsqu’il retrouve Patience morte, assassinée…

    Jack est le premier à être accusé du crime, et après plusieurs mois en prison, sera finalement innocenté. Le meurtrier lui, ne sera jamais retrouvé.

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    2029, Jack, seul, cinquantenaire sans rêve et sans espoirs, cherche toujours le meurtrier de Patience. Au hasard de différentes rencontres, il va se retrouver en possession d’une machine à voyager dans le temps. Il voit tout de suite le potentiel de l’appareil pour tenter d’éviter le meurtre.

    Jack va voyager à travers les époques et suivre Patience à différentes étapes de sa vie. Il va enquêter sur son meurtre, tenter de retrouver le coupable et si possible l’éliminer avant qu’il ne commette son forfait. A travers ce voyage temporel, on découvre également les moments clés d’une existence, ceux qui peuvent faire basculer une vie…

    Le quinquagénaire grisonnant qu’est devenu Jack, va peu à peu s’immiscer en filigrane dans la vie de la jeune Patience. Comme dans les vieux classiques de la SF, Jack doit interférer le moins possible avec les personnages du passé. Il reste donc en arrière plan, inactif mais toujours présent. Il va découvrir des aspects de la vie de Patience dont il ignorait tout, et comprendre, au delà du meurtre lui-même, qui est vraiment la femme qui partageait sa vie.

    Cette recherche effrénée à travers le temps, est en fait la recherche d’un bonheur perdu. Jack veut retrouver les espoirs d’une époque révolue qui fut l’apogée de sa vie. Son vœu pour l’avenir est d’être avec Patience, en couple de quadra avec leur fils ado. Il rêve d’une vie lisse et normée, celle qu’il aurait pu espérer s’il n’y avait pas eu ce meurtre.

    On retrouve ici des thématiques et des sujets récurrents dans l’œuvre de Daniel Clowes : les difficultés de l’existence, l’angoisse, et la violence de la société envers ceux qu’elle considère comme des loosers.

    Daniel Clowes : «Mes premiers livres parlaient de la découverte de soi, de qui on est à l’intérieur. Maintenant, ils parlent davantage du fait de devoir affronter qui l’on est et comment vivre avec ça.»

    A travers un récit d’anticipation, Clowes trace un tableau pessimiste de la société et du monde. Une très belle œuvre !

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