BD

  • Irena

    Scénario : Jean-David Morvan et Séverine Tréfouel

    Dessin : David Evrard

    Editions Glénat (3 tomes prévus)

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    Pour commencer cette nouvelle année, Glénat nous propose une très belle BD basée sur des faits historiques et qui peut être lue à tous âges.

    « Irena » est l’histoire vraie d’une femme pleine de courage, déclarée Juste parmi les Nations en 1965.

    En 1940, la Pologne est envahie par les nazis. Les juifs de Varsovie sont « parqués » dans un ghetto entouré de hauts murs au coeur de la ville. Les conditions de vis y sont déplorables et quiconque tente de s’enfuir est abattu sans sommation.

    Irena Sendlerowa est membre du département d’aide sociale et à ce titre pénètre chaque jour dans le ghetto pour apporter un peu de nourriture et de réconfort à ses habitants. Irena est une femme forte qui tient ouvertement tête aux gardes nazis et fait son maximum pour préserver ces pauvres gens malades et malnutris.

    Un jour, une mourante demande à Irena d’emporter avec elle son enfant afin de le sauver de cet enfer… Après un petit temps de réflexion, Irena va accepter, puis, au péril de sa vie, commencer un transfert d’enfants à grande échelle vers la liberté.

    Irena paiera son geste et son courage, elle sera torturé par la gestapo, mais grâce à elle, près de 2500 enfants juifs seront sauvés du ghetto de Varsovie.

    C’est en lisant un article par hasard sur cette femme, décédée en 2008, que Jean-David Morvan aura l’idée de traduire en BD cette belle histoire.

    Le dessin plutôt jeunesse de David Evrard (Max et Bouzouki) ajoute une dimension universelle à ce récit indispensable.

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  • « Patience » de Daniel Clowes

    Patience – Daniel Clowes

    Cornélius

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    Il en aura fallu de la « patience » pour attendre ce nouvel album de l’immense Daniel Clowes, père fondateur de tout un pan de la BD, et auteur phare de la BD indépendante américaine. Il revient ici avec une superbe fiction mêlant polar, SF et romance.

    2012, Jack et Patience sont un couple américain lambda. Dans les premières pages de la BD, ils apprennent qu’ils vont avoir un enfant. Malgré les inquiétudes légitimes, Jack est au comble du bonheur. Il voit en cette nouvelle vie qui s’annonce le moyen de s’éloigner un peu de la jeunesse foireuse qu’il avait jusqu’à présent. Mais ses espoirs seront anéantis lorsqu’il retrouve Patience morte, assassinée…

    Jack est le premier à être accusé du crime, et après plusieurs mois en prison, sera finalement innocenté. Le meurtrier lui, ne sera jamais retrouvé.

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    2029, Jack, seul, cinquantenaire sans rêve et sans espoirs, cherche toujours le meurtrier de Patience. Au hasard de différentes rencontres, il va se retrouver en possession d’une machine à voyager dans le temps. Il voit tout de suite le potentiel de l’appareil pour tenter d’éviter le meurtre.

    Jack va voyager à travers les époques et suivre Patience à différentes étapes de sa vie. Il va enquêter sur son meurtre, tenter de retrouver le coupable et si possible l’éliminer avant qu’il ne commette son forfait. A travers ce voyage temporel, on découvre également les moments clés d’une existence, ceux qui peuvent faire basculer une vie…

    Le quinquagénaire grisonnant qu’est devenu Jack, va peu à peu s’immiscer en filigrane dans la vie de la jeune Patience. Comme dans les vieux classiques de la SF, Jack doit interférer le moins possible avec les personnages du passé. Il reste donc en arrière plan, inactif mais toujours présent. Il va découvrir des aspects de la vie de Patience dont il ignorait tout, et comprendre, au delà du meurtre lui-même, qui est vraiment la femme qui partageait sa vie.

    Cette recherche effrénée à travers le temps, est en fait la recherche d’un bonheur perdu. Jack veut retrouver les espoirs d’une époque révolue qui fut l’apogée de sa vie. Son vœu pour l’avenir est d’être avec Patience, en couple de quadra avec leur fils ado. Il rêve d’une vie lisse et normée, celle qu’il aurait pu espérer s’il n’y avait pas eu ce meurtre.

    On retrouve ici des thématiques et des sujets récurrents dans l’œuvre de Daniel Clowes : les difficultés de l’existence, l’angoisse, et la violence de la société envers ceux qu’elle considère comme des loosers.

    Daniel Clowes : «Mes premiers livres parlaient de la découverte de soi, de qui on est à l’intérieur. Maintenant, ils parlent davantage du fait de devoir affronter qui l’on est et comment vivre avec ça.»

    A travers un récit d’anticipation, Clowes trace un tableau pessimiste de la société et du monde. Une très belle œuvre !

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  • Shangri-La

    Shangri-La – Mathieu Bablet

    Ankama – 19.90 €

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    Shangri-la, superbe one-shot space-opéra signé Mathieu Bablet, est la très bonne surprise de cette rentrée littéraire BD !

    L’action se déroule dans un futur relativement lointain. La Terre est devenue inhabitable depuis l’implosion du soleil, et l’humanité se trouve confinée sur une station spatiale. La vie sur la station est entièrement gérée par Thianzhu Entreprises, gigantesque société qui a le monopole sur absolument tout : des télécommunications, à l’alimentation en passant par le logement, l’éducation et les services. Les humains travaillent pour Thianzhu afin de gagner de l’argent qu’ils pourront dépenser auprès de la société Thianzhu qui continuera à les employer pour fabriquer les objets qu’ils consomment… La publicité est bien sûr omniprésente sur la station et matraque à coups de femmes nues des injonctions à consommer.

    Afin de canaliser les haines et la violence présentes dans toute société, Thianzhu a créé une race d’humains animoïdes (humains à têtes d’animaux). Ceux-ci sont régulièrement molestés par les humains, qui trouvent en eux les victimes idéales de leur racisme latent.

    Nous suivons le destin de deux frères, Scott et Virgile qui ont des visions diamétralement opposées de leur situation. Scott se satisfait de ce système, et du bonheur de pacotille qui lui est offert. Il pense que sur la station, aucun système ne pourra être meilleur que celui-ci. Virgile, lui, est en rébellion contre ce système qu’il compare à un totalitarisme accepté.

    Peu à peu, une rébellion va naître… elle atteindra son paroxysme lorsque les scientifiques de Thianzhu vont annoncer qu’ils sont en train de créer une nouvelle race d’humains : l’homo stellaris, en vue de peupler Titan, satellite qui vient d’être terra-formé. Pourquoi l’humanité resterait-elle confinée dans cette station alors que de nouveaux êtres vont avoir la chance d’habiter une planète « vivable » ?

    Cette BD est tout simplement fantastique, portée, pour ne rien gâcher, par un superbe dessin. La part d’anticipation est si juste que l’on peut faire des rapprochements avec des évènements et thématiques contemporains : le capitalisme forcené et la société de consommation à outrance qui sont venues remplacer les dictatures du passé. Les révolutions qui laissent les pouvoirs en place indifférents, comme un mal nécessaire qui ne fait qu’enfermer la population dans l’illusion d’être encore libre. Les minorités qui deviennent les souffre-douleurs exutoires d’une population en souffrance…

    Tout ceci en 224 pages ! Le scénario est si bien construit que l’histoire aurait aisément pu donner lieu à une longue série… C’est là tout le talent de Mathieu Bablet.

    A découvrir absolument !

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  • Ma vie de Réac

    Ma vie de Réac – Morgan Navarro

    Dargaud

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    Ma vie de réac est le blog de l’excellent Morgan Navarro : il est ici compilé dans une BD hilarante !

    Morgan Navarro est un réac pur jus pour notre plus grand plaisir !

    il présente ainsi son blog :

    On me traite de Réac mais je ne le suis pas. Je suis lucide, c’est tout. Est-ce être réactionnaire de voir à quel point le monde court à sa perte? N’est-ce pas normal d’être atterré par la bêtise crasse de notre époque? Une époque où les enfants commandent, où l’idiotie est cool, où le savoir est moqué, où on se demande si c’est pas machiste de tenir la porte aux dames? Bon, je sais, parfois je m’énerve un peu trop, mais c’est plus fort que moi. Attaqué par la connerie, je réagis, c’est tout. Bon ok, je suis réac.

    En voici quelques planches qui valent mieux qu’un long discours :

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    Le blog de Morgan Navarro

     

  • Lost on the Lot

    Lost on the Lot – Guerse et Pichelin

    Les Requins Marteaux – 15 €

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    La petite ville de Capdenac proche de Figeac, a la particularité d’être coupée en deux par le Lot : d’un côté, Capdenac Le Haut dans le département du Lot ; de l’autre Capdenac-Gare, dans le département de l’Aveyron. Voici donc une ville de moins de 5000 habitants que se partagent deux départements.

    Là s’est installé depuis de nombreuses années, l’association culturelle « Derrière le hublot », dirigée par Fred Saucère, qui développe un projet de mise en avant sur son territoire de diverses formes artistiques, en particulier des arts dits « de rue ».

    En 2011, Fred Saucère propose à Guillaume Guerse et Marc Pichelin de faire une résidence d’artiste à Capdenac pour un projet autour de la rivière Lot, si présente au cœur de sa ville.

    Ce projet va s’étaler sur plusieurs années, de 2011 à 2015. les deux auteurs vont sillonner la ville jusque dans ses recoins les plus obscurs, rencontrer des gens, discuter avec eux, manger avec eux… et découvrir peu à peu ce qui les rattache à cette terre, à ses traditions, et quel est leur rapport personnel à la « Culture ».

    La place de la culture sur un territoire donné est aussi largement approfondie. Fred Saucère parle longuement de son association et du rôle culturel majeur qu’elle peut avoir à Capdenac et dans les communes des environs. Cela amène les auteurs à s’interroger sur la place de la culture et sur leur propre rapport à celle-ci. Sujet qu’ils avaient déjà abordé, de façon plus fictionnelle dans leur précédente BD « Vermines ».

    Au cours des 5 années, ils vont réaliser des installations, des expositions, des performances, puis au final, feront une BD de tous ces documents accumulés.

    La BD est donc un véritable patchwork de documents qui tous à leur manière racontent ce lieu : des interviews, des images à coller, des enregistrements sonores, des échanges épistolaires entre les deux auteurs…

    Cela donne un récit intimiste et beau dans lequel on perçoit le cheminement réflexif des auteurs sur ce lieu, et, au-delà sur eux-même et leur rapport à l’art.

    Une très belle BD scénarisée par notre talentueux auteur périgourdin Marc Pichelin et co-édité par les Requins Marteaux et les éditions Ouïe Dire.

    La BD est complétée d’un CD et de vignettes auto-collantes.

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