BD

  • Le crépuscule des idiots

    Le crépuscule des idiots – Krassinsky

    Casterman – 25,95 €

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    Nous sommes sur une planète peuplée par des singes. Ceux-ci sont doués de parole, mais leur société est basée sur la loi du plus fort. Seul le mâle dominant Taro, sa femelle Hisayo et quelques autres de son rang sont autorisés à utiliser les sources chaudes pendant que le reste du peuple est condamné à se geler dans un hiver glacial.

    Tout change lorsqu’un objet étrange tombe du ciel et qu’en sort un singe nouveau doté d’une combinaison spatiale. Certainement envoyé dans l’espace par des humains, ce nouveau venu, qui se fait appeler le macaque Rhésus, s’est échoué dans ce monde primitif et compte bien profiter de l’étonnement de ses congénères pour renverser la loi du plus fort qui ne lui aurait pas été favorable.

    Il invente donc le mythe d’un « Diou » tout puissant dont il serait le prophète et place certains des plus crédules éléments à ses côtés pour répandre la parole de « Diou ».

    Et c’est ainsi que la religion arriva sur le monde !

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    Le crépuscule des Idiots est une satire à la fois très juste et très drôle de la religion et de ses prophètes. Les « religieux » les plus haut placés : les prophètes et les élus, sont les seuls à savoir que « Diou » n’existe pas et que tout a été inventé…. Tandis que le peuple est plongé dans une adoration aveugle qui le rend totalement soumis.

    Beaucoup de thématiques sont abordées dans cette BD de 300 pages : l’interdiction de représenter « Diou », le délit de blasphème, le sacrifice du peuple par des offrandes immodérées à « Diou » et ses prophètes, les contritions, la domination des forts sur les faibles, des hommes sur les femmes…

    Krassinsky agrémente son roman graphique de superbes dessins à l’aquarelle.

    L’apparition du macaque Rhésus sur cette planète s’inspire de véritables essais de la NASA dans les années 1950-60, lors desquels des singes ont été envoyés dans l’espace, et dont certains éléments n’ont jamais été retrouvés.

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  • Un maillot pour l’Algérie

    Guillaume nous parle du dernier album de Kris et Bertrand Galic dans l’émission « le coin des libraires » sur France bleu Périgord

  • Le Port des Marins Perdus

    Le Port des Marins Perdus – Teresa Radice et Stefano Turconi

    Glénat (Treize étrange) – 22 €

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    voilà une bonne petite surprise idéale pour les lectures de vacances, lorsqu’on a envie de s’évader avec une histoire où se mêlent le voyage et le merveilleux…

    1807, un jeune naufragé est repêché sur une plage du Siam. Il n’a plus aucun souvenir, hormis celui de son prénom : Abel. William Roberts, premier officier d’un navire anglais qui mouille au large va le prendre sous son aile. William a récemment été nommé capitaine de son navire depuis que son commandant s’est enfui en emportant le trésor qu’il y avait à bord. Ce dernier va ramener Abel en Angleterre. A bord, il semble très aux faîtes des choses de la mer…

    Comme il n’a aucun souvenirs de son passé, William le ramène avec lui à Plymouth, où les trois filles de son ancien capitaine tiennent une auberge, car William est amoureux de l’aînée et compte l’épouser bientôt.

    Là, Abel va peu à peu recouvrer ses souvenirs, et découvrir des informations troublantes sur lui-même et son passé…

    D’un récit d’aventure, nous nous retrouvons dans un véritable polar, dans lequel Abel doit résoudre le mystère de sa présence en ces lieux et l’énigme de la disparition du capitaine.

    Certes, le dessin, bien qu’il soit somptueux et très détaillé, notamment avec les magnifiques voiliers et les paysages à couper le souffle, n’est qu’un simple crayonné non encré. Et l’on doit avouer que l’on regrette un peu l’absence de l’encrage… Mais passé cette première surprise, on plonge avec délice dans une superbe aventure pleine de rebondissements mais aussi de tendresse et de poésie.

    Le récit est imprégné des plus belles histoires et sonorités de la littérature anglaise classique.

    Un bon conseil de lecture pour l’été !

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  • L’origine du monde

    « L’origine du monde » de Liv Strömquist

    Rackham – 20 €

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    L’origine du monde est une BD documentaire sur un sujet somme toute peu traité, en tous cas de cette façon, le Sexe féminin.

    La suédoise Liv Strömquist nous livre une étude à la fois historique et sociologique sur la vulve, organe tabou, encore aujourd’hui uniquement décrite, regardée et considérée sous un prisme exclusivement masculin.

    Jusqu’au XIXème siècle, le féminin et le masculin étaient considérés comme semblables. C’est ensuite que l’on s’est mis à souligner uniquement les différences et la complémentarité entre les deux sexes. Dès lors, l’appareil génital féminin n’était plus considéré que comme un trou, un vide, ayant vocation à être comblé par un sexe masculin.

    La BD aborde aussi divers sujets annexes :

    • le cycle menstruel, qui était sacré dans l’Antiquité et qui aujourd’hui est considéré comme honteux.
    • L’orgasme féminin considéré de façon générale comme facultatif, à l’inverse de l’orgasme masculin admis par tous comme nécessaire à la procréation.

    Liv donne de nombreux exemples (écrits psychanalytiques, religieux ou médicaux, manuels scolaires, publicités…), détaillant toujours ses sources. Elle use souvent de l’humour et s’autorise bon nombre de digressions toujours passionnantes.

    Le média BD n’est pas totalement utilisé puisque l’auteur s’autorise des placards de textes et que le dessin, lorsqu’il est présent, reste très minimaliste.

    Cependant, l’analyse est bluffante de justesse. Cet ouvrage, féministe comme il se doit nous apporte un éclairage nouveau sur un sujet que l’on connait finalement très peu.

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  • Le Rapport de Brodeck

    Le Rapport de Brodeck de Manu Larcenet

    Dargaud – 2 tomes

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    Après l’absolu chef d’œuvre « Blast », nous pouvions attendre beaucoup du nouveau projet de Manu Larcenet, qui, pour nous trône en haute place parmi les plus grands artistes de la BD actuelle. Et, encore une fois, nous ne fûmes pas déçus, tant l’œuvre est sublime. La BD est très forte, poignante, elle chamboule en profondeur. Le dessin de Larcenet surpasse, si c’est possible, celui de Blast. Dans le Rapport, il croque des paysages sublimes, des instantanés de nature ; et ses animaux semblent sortis du carnet d’un naturaliste. Les visages des personnages sont si marqués et noirs qu’on peut y lire la détresse de l’humanité.

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    Ce projet en deux tomes est l’adaptation du roman de Philippe Claudel. Il se situe dans un petit village isolé qui pourrait être allemand ou autrichien ; après une guerre qui pourrait être la seconde guerre mondiale.

    L’arrivée dans le village de l’Anderer (l’étranger), artiste « marginal », hors norme et différent va exacerber les haines d’une population qui, après la guerre a besoin d’expier et de décharger sa violence. L’Anderer est courtois, sympathique, il ne fait rien d’autre que de dessiner et écrire sur son petit carnet… Mais les Hommes ont peur… Il n’y a pas de place pour l’Art dans leur monde car l’Art peut dévoiler bien trop de choses… des choses qu’ils veulent oublier, ne plus voir.

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    Les haines vont alors converger vers cet étranger, cet « autre » qui pourra payer pour tous, qui deviendra le responsable des fautes de chacun. Brodeck est le seul à ne pas avoir été présent au lynchage collectif… et c’est à lui que les Hommes vont demander de produire un Rapport détaillant cet « événement » pour l’adresser aux autorités. Mais son rapport bien sûr doit être édulcoré, le lynchage rendu « acceptable »… Brodeck est surveillé, épié par toute une population. En parallèle du Rapport, sur son propre carnet, il a décidé d’écrire la véritable histoire.

    Le récit alterne les pages de paysages bucoliques et joyeux avec des scènes de violence extrême, de sorte que le lecteur ressent une tension perpétuelle tout au long de la BD. C’est l’essence du genre humain, dans ce qu’elle a de plus sombre qui est décrite ici. Le Rapport de Brodeck est une lecture qui marque. On en sort subjugué. La beauté du dessin se mêle à la violence du propos. On est en présence d’une œuvre majeure de la bande dessinée.

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    Interview de Larcenet pour Télérama

    Notre belle pile du tome 2 :

    Rapport de Brodeck Bullivores