BD

  • Le Rapport de Brodeck

    Le Rapport de Brodeck de Manu Larcenet

    Dargaud – 2 tomes

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    Après l’absolu chef d’œuvre « Blast », nous pouvions attendre beaucoup du nouveau projet de Manu Larcenet, qui, pour nous trône en haute place parmi les plus grands artistes de la BD actuelle. Et, encore une fois, nous ne fûmes pas déçus, tant l’œuvre est sublime. La BD est très forte, poignante, elle chamboule en profondeur. Le dessin de Larcenet surpasse, si c’est possible, celui de Blast. Dans le Rapport, il croque des paysages sublimes, des instantanés de nature ; et ses animaux semblent sortis du carnet d’un naturaliste. Les visages des personnages sont si marqués et noirs qu’on peut y lire la détresse de l’humanité.

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    Ce projet en deux tomes est l’adaptation du roman de Philippe Claudel. Il se situe dans un petit village isolé qui pourrait être allemand ou autrichien ; après une guerre qui pourrait être la seconde guerre mondiale.

    L’arrivée dans le village de l’Anderer (l’étranger), artiste « marginal », hors norme et différent va exacerber les haines d’une population qui, après la guerre a besoin d’expier et de décharger sa violence. L’Anderer est courtois, sympathique, il ne fait rien d’autre que de dessiner et écrire sur son petit carnet… Mais les Hommes ont peur… Il n’y a pas de place pour l’Art dans leur monde car l’Art peut dévoiler bien trop de choses… des choses qu’ils veulent oublier, ne plus voir.

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    Les haines vont alors converger vers cet étranger, cet « autre » qui pourra payer pour tous, qui deviendra le responsable des fautes de chacun. Brodeck est le seul à ne pas avoir été présent au lynchage collectif… et c’est à lui que les Hommes vont demander de produire un Rapport détaillant cet « événement » pour l’adresser aux autorités. Mais son rapport bien sûr doit être édulcoré, le lynchage rendu « acceptable »… Brodeck est surveillé, épié par toute une population. En parallèle du Rapport, sur son propre carnet, il a décidé d’écrire la véritable histoire.

    Le récit alterne les pages de paysages bucoliques et joyeux avec des scènes de violence extrême, de sorte que le lecteur ressent une tension perpétuelle tout au long de la BD. C’est l’essence du genre humain, dans ce qu’elle a de plus sombre qui est décrite ici. Le Rapport de Brodeck est une lecture qui marque. On en sort subjugué. La beauté du dessin se mêle à la violence du propos. On est en présence d’une œuvre majeure de la bande dessinée.

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    Interview de Larcenet pour Télérama

    Notre belle pile du tome 2 :

    Rapport de Brodeck Bullivores

  • Les Ogres Dieux

    Les Ogres Dieux de Hubert et Bertrand Gatignol

    Soleil (Métamorphose) – 22,95 €

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    Après le superbe « Petit » paru en 2014, voici « Demi-Sang », nouvelle histoire dans l’Univers des Ogres Dieux.

    Les Ogres Dieux est une série de médiéval Fantastique dans laquelle les humains doivent cohabiter avec des géants : les Ogres Dieux.

    Dans le premier opus, nous suivions « Petit » un fils d’Ogre Dieu qui avait la particularité de n’être qu’à peine plus grand qu’un humain. Sa mère avait fait mine de l’avaler à sa naissance pour lui épargner le courroux de son père. Elle voyait en lui le moyen de sauver sa lignée dégénérée par des siècles de consanguinité… En effet, vu sa taille, Petit pourrait être capable de s’accoupler avec une humaine…

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    Ce nouveau tome, « Demi Sang », débute avant le tome 1 et se termine en même temps que lui. Les deux volumes peuvent être lus indépendamment. Nous ne suivons plus ici la lignée des Ogres-Dieux mais celle des Chambellans : des humains chargés de servir les Ogres Dieux. Ceux-ci sont choisis parmi les lignées de quelques familles : les nobles-nés.

    Yori est un humain Demi-Sang : son père est un Noble-né mais sa mère une roturière. La mère et le fils seront chassés de la maison paternelle à l’adolescence du garçon. Yori n’aura de cesse de vouloir se venger des nobles-nés, et en particulier de son père ; et de vouloir régner sur le monde qui l’a rejeté. Renvoyé dans les bas-fonds, il va devoir user de ses charmes pour survivre. C’est là que débute son ascension fulgurante, qui, à force de trahisons et de malveillance, le mènera à nouveau au sommet… aux côtés des nobles-nés et des terribles Ogres-Dieux !

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    Une très belle série au dessin soigné. Les chapitres sont entrecoupés d’extraits encyclopédiques sur différents personnages de la lignée des chambellans (et des Ogres dieux dans le 1er volume) qui permettent de mieux situer l’histoire et de donner une véritable consistance à cet univers légendaire en lui constituant une Histoire.

  • Grand Est

    Grand Est

    Denis Robert et Franck Biancarelli

    Dargaud – 22 €

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    Denis Robert, journaliste et auteur de BD (« L’Affaire des Affaires ») nous livre un road trip documentaire autobiographique dans les anciennes cités sidérurgiques de la Lorraine. Il se met en scène sur les routes lorraines avec son fils de 7 ans, voyageant dans le but de retrouver le goût d’écrire.

    La Lorraine est le berceau de Denis Robert, la région qui l’a vu naître et grandir et qu’il n’a jamais voulu quitter.

    Au fil du voyage, on découvre ce pays sinistré, cette terre dont on a longtemps extrait le fer et qui aujourd’hui se meurt. Denis Robert livre ses propres souvenirs et ceux qui auront marqué l’Histoire : les 300 000 morts de Verdun, l’affaire du Petit Grégory… Il arrive ensuite devant les Hauts-fourneaux d’Uckange, jadis lieu de travail de centaines d’ouvriers, désormais bâtiment décoratif brillant de milles feux mais vidé de toute vie.

    Ces hauts fourneaux éteints, reflètent aussi des promesses par les présidents successifs, Mitterrand, Sarkozy, Hollande… ont tour à tour promis aux ouvriers que leurs emplois seraient préservés, que leurs usines ne fermeraient pas… mais les usines ont fermé. Désormais la population ne croit plus en la politique, et vote FN massivement.

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    Le constat est rude. Tant au niveau social que politique et économique, la région a souffert et souffre encore.

    Pour le moins il ne s’agit pas d’une BD régionaliste, de nombreux parallèles sont faits avec les Etats-Unis. Et si elle est exacerbé en Lorraine, cette situation déplorable peut malheureusement se vérifier dans de nombreux autres territoires.

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    « Ca va au-delà du road movie en Lorraine, c’est comme une sorte de conte, de récit initiatique et de réflexion philosophique sur l’état du monde. C’est un roman sur la transmission. Qu’est-ce qu’on apprend à son fils ? » Denis Robert

     

  • Notre univers en expansion

    Notre Univers en expansion d’Alex Robinson

    Futuropolis – 28 €

    Émission Le coin des libraires du lundi 30 mai sur Fance bleu Périgord – la sélection de Guillaume de la librairie Les Bullivores

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  • Zaï Zaï Zaï Zaï

    « Zaï Zaï Zaï Zaï » de Fabcaro

    6 pieds sous terre – 13 €

    Il y a certains votes dont les résultats peuvent nous ravir ! Celui du Prix des Libraires CanalBD de 2016 en est un ! Cette année c’est l’excellent Zaï Zaï Zaï Zaï, du non moins génial Fabcaro (n’en jetez plus !) qui a bénéficié du plébiscite général des libraires spécialisés BD. Bravo à nous tous pour ce vote, et surtout merci à Fabcaro pour ce moment de pur bonheur jubilatoire que l’on a pu passer en lisant cette BD.

    Voilà pour nous l’occasion de vous (re)parler de la vénération sans bornes que l’on porte à ce petit bijou d’humour absurde et déjanté.

    Zaï Zaï Zaï Zaï, c’est l’histoire d’un mec qui a oublié sa carte de fidélité… Là, tout se met en branle, le vigile intervient… Notre héros se défend à l’aide d’un poireau et parvient à s’enfuir ! S’ensuit une longue cavale, notre homme est activement recherché. Tout s’accélère encore quand les médias  viennent commenter l’évènement…

    Joe Dassin n’est alors plus très loin…

    Le dessin jure presque avec le propos tant il est sérieux, ce qui rajoute encore au côté absurde de la BD. L’univers peut se rapprocher de celui des Ruppert et Mulot par exemple…  Mais on n’est pas loin non plus d’une parodie de BD à la Bastien Vivès.

    Le récit est totalement burlesque, rarement une BD nous aura fait autant rire ! Chez les Bullivores nous sommes unanimes : il s’agit bien de la BD la plus drôle de l’année (et des années précédentes aussi !), et les clients a qui nous l’avons déjà fait découvrir le sont aussi !

    Alors si vous êtes passés à côté de ce moment de pure rigolade, dépêchez-vous de venir découvrir Zaï Zaï Zaï Zaï !

     

    Quelques extraits :