Coups de coeur

  • Tokyo Ghost

    Tokyo Ghost – Rick Remender – Sean Murphy

    Urban – 10 €

     

    Déjà en voyant qui est impliqué dans la création de ce comics, on sait que l’on ne peut être qu’en présence d’un chef d’œuvre. Rick Remender, maître de la SF avec Fear Agent, Black Science, Low et bien d’autres magnifiques titres, et Sean Murphy, dessinateur de génie au trait vif et violent, qui a entre autres commis Punk Rock Jesus ou Joe l’aventure intérieure (avec Grant Morrison) : deux auteurs d’envergure !

    Afficher l'image d'origine

    Et dès le début de la lecture, on est captifs. Captifs de cet univers dystopique où les humains sont totalement accros à la technologie et à l’entertainment télévisuel. Les multinationales qui maîtrisent les industries du loisir règnent sur une population lobotomisée par les écrans. Tout cela au milieu de villes détruites par la pollution, où les pénuries d’eau et de nourriture entraînent maladies, crimes, émeutes.

    Debbie Decay et Led Dent vivent dans cet environnement. Ils y jouent même un rôle important, puisqu’ils sont agents de sécurité à Los Angeles, embauchés par la toute puissante Flak Corporation pour faire régner l’ordre et protéger les intérêts privés.

    Debbie est l’une des dernières personnes à refuser toute connexion technologique, une « Zero Tech ».  Led, c’est celui qu’elle connaissait et aimait sous le nom de Teddy, devenu machine à tuer, l’un des agents les plus violents de L.A., perdu dans son enfer personnel composé d’émissions en flux continu et de drogues électroniques.

    Aussi, lorsque la Flak envoie les deux agents en mission pour s’emparer de Tokyo, où s’est formé une communauté refusant la technologie et prônant le retour à une vie naturelle et simple, et protégée par un écran interdisant tout instrument électronique dans son périmètre, Debbie voit là la possibilité de retrouver Teddy.

     

    Un récit de SF violent et dérangeant, rythmé, intelligent.

  • Zaï Zaï Zaï Zaï

    « Zaï Zaï Zaï Zaï » de Fabcaro

    6 pieds sous terre – 13 €

    Il y a certains votes dont les résultats peuvent nous ravir ! Celui du Prix des Libraires CanalBD de 2016 en est un ! Cette année c’est l’excellent Zaï Zaï Zaï Zaï, du non moins génial Fabcaro (n’en jetez plus !) qui a bénéficié du plébiscite général des libraires spécialisés BD. Bravo à nous tous pour ce vote, et surtout merci à Fabcaro pour ce moment de pur bonheur jubilatoire que l’on a pu passer en lisant cette BD.

    Voilà pour nous l’occasion de vous (re)parler de la vénération sans bornes que l’on porte à ce petit bijou d’humour absurde et déjanté.

    Zaï Zaï Zaï Zaï, c’est l’histoire d’un mec qui a oublié sa carte de fidélité… Là, tout se met en branle, le vigile intervient… Notre héros se défend à l’aide d’un poireau et parvient à s’enfuir ! S’ensuit une longue cavale, notre homme est activement recherché. Tout s’accélère encore quand les médias  viennent commenter l’évènement…

    Joe Dassin n’est alors plus très loin…

    Le dessin jure presque avec le propos tant il est sérieux, ce qui rajoute encore au côté absurde de la BD. L’univers peut se rapprocher de celui des Ruppert et Mulot par exemple…  Mais on n’est pas loin non plus d’une parodie de BD à la Bastien Vivès.

    Le récit est totalement burlesque, rarement une BD nous aura fait autant rire ! Chez les Bullivores nous sommes unanimes : il s’agit bien de la BD la plus drôle de l’année (et des années précédentes aussi !), et les clients a qui nous l’avons déjà fait découvrir le sont aussi !

    Alors si vous êtes passés à côté de ce moment de pure rigolade, dépêchez-vous de venir découvrir Zaï Zaï Zaï Zaï !

     

    Quelques extraits :

  • L’Abominable Charles Christopher

    L’Abominable Charles Christopher – Karl Kerschl

    Lounak – 19.95 €

    Afficher l'image d'origine

     

    L’Abominable Charles Christopher est aussi difficile à résumer que le nom de son auteur est difficile à prononcer.

    The Abominable Charles Christopher est à la base un webcomics proposé et alimenté depuis 2007 par son auteur sur Internet. Il a reçu le Eisner Award 2011 de la meilleure BD en ligne.

    Charles Christopher est un gros yéti un peu naïf et très (trop ?) gentil, ce qui pourrait laisser penser qu’il est très jeune (la sucette qu’il mâchonne le laisse aussi penser). Il vit dans une forêt peuplée d’animaux très bavards, ce qui compense son mutisme. On suit Charles au fil de ses rencontres, en se demandant tout comme lui quel lien étrange il noue avec la forêt, et pourquoi il semble avoir tant d’importance, pourquoi le gardien de la forêt semble placer ses espoirs en lui afin de prévenir un cataclysme qui risque de s’abattre sur leur milieu.

    Afficher l'image d'origine

     

    Dans des nuances de gris très douces, le dessin très maîtrisé et tendre de Karl Kerschl sert admirablement un récit drôle et triste à la fois, et l’empathie ressentie pour cette créature étrange et décalée qu’est Charles Christopher est bien présente toute au long de cet ouvrage.
    Aussi nous conseillons ce premier tome de l’Abominable Charles Christopher à tous ceux qui aiment pleurer et rire en même temps, et s’évader totalement dans un univers de poésie.
    Et pour les plus anglophones, vous trouverez le webcomics en ligne ici : http://abominable.cc/

     

  • Forget Sorrow

    Forget Sorrow – Belle Yang

    Pika – 14 €

    Afficher l'image d'origine

    “Forget Sorrow » est un roman graphique autobiographique de Belle Yang, américaine d’origine chinoise.

    Belle est jeune, libre et indépendante. Elle vient de finir de brillantes études et serait à priori promise à un bel avenir. Mais elle est contrainte de retourner chez ses parents et de s’y cloitrer pour échapper à un petit ami violent qui la harcèle et a brisé tous ses rêves et ses espoirs.

    Belle est acculée, brisée, prisonnière dans la maison de son enfance. Elle va profiter de ce temps passé aux côtés de ses parents pour interroger son père sur son propre passé et celui de sa famille en Chine, dans la région de Mandchourie.

    Afficher l'image d'origine

    A travers l’histoire de cette famille, c’est l’Histoire de la Chine rurale du XXème siècle que l’on découvre. Les coutumes, parfois ancestrales, font partie intégrante du quotidien de ces gens : les fils sont soumis à l’autorité des pères, les mariages sont arrangés, le droit d’ainesse prévaut…

    Dans les années 1940, la Mandchourie a déjà beaucoup souffert : L’occupation japonaise et les pénuries ; puis l’offensive de l’Armée rouge Stalinienne contre les japonais, et les pillages. Cela va s’amplifier avec la Révolution culturelle et le Grand bond en avant.

    Ces vicissitudes politiques auront profondément altéré le destin du père de Belle Yang, condamné à fuir, au Japon puis aux Etats-Unis avec sa femme et sa fille. Il a d’ailleurs donné à sa fille Belle le surnom symbolique de « L’oubli du Chagrin ».

    L’Oubli du Chagrin, c’est ce que fait Belle en écoutant son père. Retranscrire les mémoires du passé de ses ancêtres agis sur elle comme une thérapie ; elle peut faire des liens avec sa propre histoire, trouver des réponses à ses questions, retrouver goût à la vie.

    Un superbe témoignage dont le style graphique comme le contenu peuvent aisément être comparés aux œuvres de Marjane Satrapi (Persepolis) ou Zeina Abirached (Le Piano Oriental).

    Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origine

  • « Rocky » de Martin Kellerman

    Rocky

    Huber – 26.90 €

    Afficher l'image d'origine

    La toute nouvelle maison d’édition Huber vient de publier une anthologie « Rocky », BD strip culte en Suède indisponible en France depuis de trop nombreuses années !

    Rocky, est un strip quasi-autobiographique de Martin Kellerman qui paraissait en Suède dans le quotidien gratuit Métro.

    On y suit le quotidien de la jeunesse de Stockholm sous des traits animaliers, entre jobs pourris, plans culs foireux, beuveries et glandouille.

    Rocky est un dessinateur glandeur qui approche de la trentaine. Il est entouré d’une galerie de potes tous aussi loosers que lui, et se fait régulièrement larguer par ses « conquêtes » féminines.  Sa vie évolue un peu lorsqu’il rencontre enfin le succès avec sa série BD, qui décrit sa propre vie et celles de son entourage. Là, il a enfin un peu d’argent et une relation (presque) stable…. Mais Rocky reste ce qu’il est, et continue à glander…

    Avec ce bon petit pavé de plus de 750 strips, on se retrouve avec bonheur dans le meilleur de l’univers de Peter Bagge (« Buddy Bradley ») ou Joe Matt (« Epuisé ») à la sauce suédoise.

    Le format « strip » à l’humour très cru, permet à l’auteur de faire foisonner les gags et les situations décalées pour notre plus grand plaisir !

    Afficher l'image d'origine